Discussions sur l'esprit

Notre groupe est un endroit pour discuter amicalement de sujets en philosophie de l'esprit. Toute personne intéressée par le sujet est la bienvenue. À cause des intérêts des participants actuels, le groupe s'intéressera tout particulièrement à la conscience, à l'intelligence artificielle, aux émotions, à l'éducation, à la primatologie et la théorie de l'esprit.
Les membres du groupe sont invités à publier sur ce blogue.

20 décembre 2005

Excellent article sur la conscience

Voici un excellent article sur la conscience, que l'on retrouve sur le site de l'encyclopédie de philosophie de Stanford (aussi excellent, si vous ne connaissez pas):

Consciousness (par Robert van Gulick)

Ça fait le tour de pas mal tout. Puisque plusieurs d'entre vous êtes intéressés par la conscience, cette article pourrait servir de base pour nos discussions de l'hiver...

13 décembre 2005

Questions sur la conscience

Max et moi avons eu un échange par courriel sur la conscience qui pourrait vous intéresser et auquel vous pourriez vouloir mettre votre grain de sel. Avec la permission de Max, je le reproduis donc ici:

Max
J'ai commencé à lire "Consciousness and its place in nature" de David Chalmers et J'y vois une liste intéressante de positions ontologiques possibles pour les théories de la conscience. Je me situe comme tu l'auras bien deviner dans les matérialistes qui voient un espace épistémologique entre ce que l'on connaît d'un point de vue physionomique-psychologique et phénoménologique. Cependant, je ne suis pas sûr de me positionner aussi finement quant à l'idée de qualia. Je crois - et si tu en connais quelque chose sur cette position j'en serais bien heureux - qu'une occurrence phénoménologique (ex: la rougeur du rouge) n'est perceptible qu'en relation avec d'autres. Autrement dit, un phénomène de ce genre n'existe pas "en soi" mais bien seulement qu'en relation avec d'autres - le rouge devant être associé à un quelque autre phénomène, où une émotion primaire où un certain raffinement dans la classification des phénomènes qui permet d'anticiper le phénomène observable, etc. Glisse moi en un mot si tu en connais une quelconque théorie similaire.

Pierre
La suggestion que tu proposes (que les qualia ne peuvent pas être compris en isolation) est certainement une position viable: c'est d'ailleurs en gros celle de Kant (paraît-il, car je n'ai pas travaillé là-dessus). Quelqu'un qui a travaillé sur cette position, c'est Robert van Gulick. Malheureusement, je ne me souviens plus où (il faudrait que je fasse des recherches), mais je crois c'est dans son fameux texte "Are we all just amadillos?", dont tu trouveras la référence sur cette page:

http://consc.net/cgi-bin/bibsearch.pl?author=van+gulick&text=

Cependant, et malheureusement, cette conception des qualia n'est pas la dominante. Les qualia tels qu'ils sont en général conçus sont les descendants des "sense data" des empiristes logiques (notamment Carnap dans Der Logische Aufbau der Welt (La construction logique du monde)), c'est-à-dire des petits atomes d'expérience consciente qui ont des propriétés telles qu'ils peuvent fonder la connaissance. Ainsi conçus, les qualia sont des sense data auxquels on a retiré leur propriétés épistémiques (pour fonder la connaissance). Mais ce n'est pas évident qu'un tel concept peut fonctionner. Pour voir une critique très éclairante de la notion qui va dans cette direction, tu devrais (en fait c'est un must pour quiconque s'intéresse aux qualia) lire le texte de Dennett: Quining Qualia.

Max
Aussi, je me demandais comment les penseurs en philo. de l'esprit sont aboutis à leurs positions. Est-ce l'espece de dialectique avec la matière des autres qui créé notre position possible? Ou pouvons nous avoir des idées préconcues peut-on dire intuitives qui se tiennet et que l'on s'affaire à raffiner ontologiquement? La seconde semble offrir une plus grande porte à de nouvelles idées pourtant. Mais la première offre une position plus sûr. C'est que je ne sais plus trop si je dois m'en tenir à mon coté intuitif quant à ce que je veux élaborer. Peut-être que mes idées sont encore trop "at-large" pour être appliquable. Ou aussi, une fois un problème bien cerné, avec un cadre bien délimité on se lâche lousse dans des limites mais ya un défaut a cette façon d'avancer... une sorte d'erreur catégorique il me semble..

Pierre
Comment les philosophes en philo de l'esprit en sont-ils venus à leur position? Ça c'est une bonne question, qui touche à l'histoire des idées. En gros, je dirais qu'il y a trois sources: (1) nos intuition phénoménales (comme l'esprit nous apparaît à la première personne) et leur analyse philosophique (notamment par la phénoménologie, (2) le langage quotidien de l'esprit (les mots et formes linguistiques qu'on utilise pour parler de l'esprit: Max CROIT QUE les qualia...) et son analyse philosophique (notamment par des gens comme Ryle, Wittgenstein, etc.) et (3) la psychologie (autrefois) et les sciences cognitives (bref les recherches empiriques sur l'esprit). Démêler les influences respectives de ces trois sources serait le projet d'une vie, ou au moins d'une thèse de doc! Es-tu partant?

03 décembre 2005

De la bière???

Lors de notre dernière rencontre, nous avons joué avec l'idée de se rencontrer pour la prochaine fois mardi le 20 à 12h30, donc après la fin de la session (puisque nous sommes tous "dans le jus" présentement).

Après (ou pendant!) la rencontre, nous pourrions descendre au Grimoire et poursuivre la discussion devant une bière. "C'est le prof qui paye!" Si vous êtes partant, laissez un commentaire ou parlez-moi en la prochaine fois qu'on se verra.

Qui dit que Dieu est mort?

Vous voulez jouer à Dieu et créer/évoluer vos propres petites bibittes, et gratuitement en plus? Allez au site de Bug Brain et vous pourrez télécharger tout le nécessaire. Des heures de plaisir et autant d'apprentissage (oui, je sais, je ne vais pas devenir un hot-shot de la publicité avec ça)!

Les "machines" de Dennett

Dennett présente un modèle qui englobe la cognition chez tous les être vivants, de la bactérie à l'humain (oublions le fait que l'être "vivant" le plus commun sur Terre est probablement le bactoriophage - les virus qui attaquent les bactéries). La cognition chez tous ces organismes se serait construite par un principe commun, l'alogorithme gérérer-puis-tester, qui est une version généralisée de l'algorithme génétique propre au vivant (la sélection naturelle).

Mais contrairement à une vue strictement darwinienne de l'évolution de la cognition, qui verrait dans l'évolution génétique la seule déterminante de la construction de la cognition. Dennett voit l'algorithme s'applique à quatre niveaux:
  1. Au niveau des structures phénotypiques: c'est l'évolution darwinienne ordinaire.
  2. Au niveau des connexions input-output du cerveau: c'est l'apprentissage par renforcement.
  3. Au niveau des représentations: c'est le modèle de la conscience par scénario multiples (multple drafts) de Dennett (tel qu'exposé dans La Conscience expliquée).
  4. Au niveau des artéfacts: c'est le niveau de la mémétique: évolution des outils physiques et cognitifs (langage, maths, logique, etc.).
Voici (pdf) les schémas présentés lors du groupe. Nous y reviendrons.